MAITRE CONTEMPORAIN

 


 


 

KARLFRIED GRAF DURCKHEIM

 

(Munich, 1896 ; Rütte, 1988) Accepter l'inacceptable

De noblesse allemande, le comte Dürckheim est né en 1896 à Munich dans une famille chrétienne. Très jeune, il est fasciné par le mystère. Dans l'église du village natal, ses parents possèdent une « loge » du haut de laquelle le jeune Karlfried peut voir la sacristie et suivre le rite sacerdotal, sans en comprendre le sens intellectuellement, mais en le ressentant avec son cœur. Cela l'amènera à dire un jour : « Ce ne sont ni les images, ni les pensées qui comptent au cours d'une liturgie, mais l'attitude. Il faut être là, dans une attitude de don et d'abandon ; alors seulement quelque chose peut naître et se développer en nous. »

Après une enfance riche d'expériences mystiques, son adolescence est marquée par la guerre de 1914-1918. Soldat, c'est au front, face au spectacle macabre, qu'il découvre en lui cette fascination et cette répulsion devant la mort. Durant toute la guerre, elle restera sa compagne quotidienne, surtout lors de la bataille de Verdun. Il affirmera plus tard qu'il n'a jamais été un héros, qu'il a toujours eu peur lorsqu'il était seul. En tant qu'officier, il n'a jamais eu de mal a faire son devoir lorsqu'il avait la responsabilité de ses hommes. Pendant quarante-six mois, il lui sera toujours épargné d'être en face de quelqu'un pour le tuer.

Après la guerre, à 24 ans, alors qu'il se trouve dans l'atelier du peintre Willi Geiger à Munich, il entend sa future épouse, Enja von Hattingen, lire à haute voix le onzième verset du Tao te King de Lao-Tseu. À cet instant, le voile se déchire, il s'éveille à une autre réalité. II se sent empli d'une grâce extraordinaire qui le comble de joie et le plonge dans un grand silence. Cet événement passé, il entame des études philosophiques à Munich et émigre à Kiel avec ses amis. Avec eux, il forme un petit groupe de recherche, le Quator, destiné à mettre en oeuvre une certaine pratique spirituelle comme des exercices en silence et d'assise méditative.

À cette époque, il vit en communauté et suit les cours de l'université où il abandonne la philosophie pour se consacrer à la psychologie. C'est durant cette période qu'il découvre les écrits de maître Eckart et l'Évangile de saint Jean. Après l'obtention d'un doctorat en 1923 et son mariage avec Enja, il effectue un séjour en Italie, au cours duquel il travaille sur la philosophie de l'Unité, fasciné par un problème

« Ressentir qu'il existe une Unité qui étreint tout et, dans une ordonnance intérieure, donne naissance à des formes. » Puis il est nommé professeur à l'institut de psychologie de Leipzig en 1925, puis à l'Académie de Breslau en 1931.

Chargé de mission culturelle au Japon pour étudier l'arrière-plan spirituel de l'éducation japonaise, il y séjourne de 1937 à 1947. Il profite de ce long séjour pour vérifier ses intuitions en s'initiant au zen rinzaï, par la pratique de la méditation et du tir à l'arc conçu comme exercice spirituel. Rentré en 1948 en Allemagne, il fonde avec une analyste jungienne, Maria Hippius, le centre de méditation et de psychologie initiatique de Todtmos-Rütte, en Forêt Noire. Son oeuvre pratique et intellectuelle vise à opérer une synthèse harmonieuse des pensées et des pratiques orientales et occidentales qui permettent à l'homme de s'ouvrir à la transcendance qui est en lui et à partir de là se transformer. Ce qui a toujours préoccupé Graf Dürckheim c'est l'Homme dans sa profondeur, c'est-à-dire ce qui en l'homme est en deçà ou au-delà de toutes différences. Et cela en acceptant chacun dans sa différence. Selon lui : « L'homme est prédisposé à l'expérience de l'Être, non parce qu'il est chrétien ou bouddhiste, mais parce qu'il est un Homme. C'est en cette qualité qu'il a part à l'Être surnaturel par son Être essentiel. » Ce qu'il propose « ne concerne pas tel ou tel aspect de l'individu. Il s'adresse à l'homme entier. Tant à celui pour qui Dieu, au sens chrétien, existe qu'à celui qui a grandi dans une famille incroyante. Pour l'un comme pour l'autre pourra s'accomplir la vraie transformation, celle qui conduit à la conscience absolue, à la sérénité et à l'harmonie intérieure ».

Karlfried Graf Dürckheim est décédé le 28 décembre 1988.

Bibliographie


Texte de DURCKHEIM

 

Comment l'être se manifeste-t-il ? Sous quelle forme s'exprime-t-il ? Quels sont les critères nous garantissant que ce que nous considérons comme étant des expressions de cet être, ne sont pas des illusions ?

Un critère certain est le fait que notre être exige toujours de nous l'acceptation de la vie totale, telle qu'elle se présente, avec sa douleur et sa souffrance ; et que faisant fi de nos aspirations étroitement égoïstes, il ne tolère aucun repos, aucun arrêt ; bien au contraire, il exige que nous soyons toujours prêts à dépasser le devenu, et même prêts au lâcher-prise, à accepter la mort. L'être tend à un renoncement au moi et aux positions acquises. Ainsi exige-t-il de nous la grande conversion et transformation : la métanoïa [...].

K.G. Dürckheim, La percée de l'Être ou les étapes de la maturité, Le Courrier du Livre, Paris, 1971, p. 18.  



 

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