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QUATRIEME TRIMESTRE 2004 :

Le Centre

semaine 40

 

semaine 41 semaine 42  

semaine 43

semaine 51

semaine 52

 

semaine 44

semaine 50

semaine 45

semaine 49

 

semaine 48

 

semaine 47

semaine 46

Le centre est l'un des quatre symboles fondamentaux avec le cercle, la croix et le carré.

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semaine 40

Le centre est partout

de Frédéric Nietzsche

C'est entre les choses les plus semblables que mentent les plus beaux mirages ; car les abîmes les plus étroits sont plus les difficiles à
franchir.

Pour moi - comment y aurait-il quelque chose en dehors de moi ? Il n'y
pas de non-moi! Mais tous les sons nous font oublier cela ; comme il
est doux que nous puissions l'oublier!

Les noms et les sons n'ont-ils pas été donnés aux choses, pour que
l'homme s'en réconforte ? N'est-ce pas une douce folie que le langage :
en parlant l'homme danse sur toutes les choses.

Comme toute parole est douce, comme tous les mensonges des sons
paraissent doux ! Les sons font danser notre amour sur des arcs-en-ciel
diaprés." -

- "O Zarathoustra , dirent alors les animaux, pour ceux qui pensent
comme nous, ce sont les choses elles-mêmes qui dansent : tout vient et
se tend la main, et rit, et s'enfuit - et revient.

Tout va, tout revient, la roue de l'existence tourne éternellement.
Tout meurt, tout refleurit, le cycle de l'existence se poursuit
éternellement.

Tout se brise, tout s'assemble à nouveau; éternellement se bâtit le
même édifice de l'existence. Tout se sépare, tout se salue de nouveau;
l'anneau de l'existence se reste éternellement fidèle à lui-même.

A chaque moment commence l'existence; autour de chaque _ ici _ se déploie la sphère _ là-bas _. Le centre est partout. Le sentier de l'éternité
est tortueux." -

Extrait de "Ainsi parlait Zarathoustra" de Frédéric Nietzsche.(ebook mars 2004)

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  semaine 41

L'Art

de Victor Hugo

L'art est grand. Quel que soit le sujet qu'il traite, qu'il s'adresse
au passé ou au contemporain, lors même qu'il mêle le rire et l'ironie
au groupe sévère des vices, des vertus, des crimes et des passions,
l'art doit être grave, candide, moral et religieux. Au théâtre
surtout, il n'y a que deux choses auxquelles l'art puisse dignement
aboutir. Dieu et le peuple. Dieu d'où tout vient, le peuple où tout
va; Dieu qui est le principe, le peuple qui est la fin. Dieu manifesté
au peuple, la providence expliquée à l'homme, voilà le fond un et
simple de toute tragédie, depuis _Oedipe roi_ jusqu'à _Macbeth_. La
providence est le centre des drames comme des choses. Dieu est le
grand milieu. _Deus centrum et locus rerum_, dit Filesac.   

Extraits de Littérature et Philosophie mélées de Victor Hugo, ebook 2003.

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semaine 42

Au centre...suspendu

de Manuel Van Thienen

    [...]Les yeux vous trompent. Vous n'êtes pas dans l'obscur. Ils emprisonnent la lumière qui vous traverse de part en part. Vous êtes transparents et vous ne le saurez que lorsque vous oserez fermer les yeux. L'espace n'a de limites que celles données par le corps.

Chaque point de l'espace est écriture. Le texte est superflu. La réponse est moins dans les signes que dans la lecture que vous en faites. Vous forgez tous une clé unique. Et toutes ouvrent la seule issue possible. Si le feu est blanc, vous voyez. Ne cherchez pas le feu. Vous voyagez en lui aussi vite que la lumière. Et vous n'êtes plus là. Ni ailleurs. Vous êtes partout et partout est en vous.

Le crissement du sable ouvrent à d'autres perceptions que visuelle. La volonté du regard rend aveugle. Vous buvez le sang des étoiles. Vous recevez le chant qui monte sous la pression des pieds et empli l'espace. La pierre projetée vers le ciel. Le chemin qui bascule vers le zénith entre l'image de la pierre et le corps, pivotant sur l'axe de l'espace. Vous approchez du centre sans jamais pouvoir l'atteindre.

Ce lieu est sacré. Il soigne et guérit celui qui y trouve sa place. Vous vous laissez emplir par le murmure de lumière qui coule dans votre corps. Comme une source vive.[...]

Extrait du recueil Au centre, suspendu, de Manuel Van Thienen, Ed. L'Ancrier Editeur

Manuel VAN THIENEN est né le 2 Août 1953, à Grenoble. Sculpteur et poète à découvrir sur son site : http://manuel.vanthienen.free.fr

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semaine 43

Mandala

Brigitte Spillmann-Jenny

Mandala - le terme fut importé du sanscrit par C. G. Jung et devint par la suite une définition dans les domaines de la religion et de la psychologie - signifie «cercle». En psychologie, ce cercle, qui dispose une couche protectrice autour de son centre, est avant tout symbole de complétude. L'expérience a montré que les hommes de toutes les cultures et religions se sentent attirés par cette complétude, particulièrement lors de périodes de crise personnelle, de perte de repères ou de conflits apparemment insolubles. Les mandalas offrent une sensation de paix intérieure et de réconciliation, d'ordre au milieu du chaos. La méditation et la concentration sur le noyau du mandala - un centre calme et unifié - aide ceux qui sont bouleversés à se centrer.

Nous percevons les mandalas de l'extérieur (et de nombreux exemples, magnifiques, figurent dans ce livre), mais aussi de l'intérieur, des pro-fondeurs même de notre âme (dans nos rêves, notre imaginaire, nos peintures, nos expériences spirituelles). Se tourner vers un mandala est une tentative naturelle d'auto-guérison, une tentative qui, selon toute évidence, jaillit d'une impulsion instinctive. Là où nous sommes en danger de nous perdre, les mandalas nous aident à retrouver notre identité, notre noyau intérieur, chaud et protégé au sein du cosmos et de la totalité de notre être - dont font aussi partie les parts d'ombre et d'obscurité...
 

Extrait de Mandala Voyage vers le centre, de Bailey Cunningham, préfacé par le docteur Brigitte Spillmann-Jenny du C.G. Jung-institut, Ed. Le Club

 

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semaine 44

Au dessus de l'arbre

de Gabriel Caressa

   

Au-dessus de l'arbre, l'aurore...

Une autre aurore qu'on ne voit

Elève la légère amphore

De l'âme profonde et sans voix.

 

Montée à l'île bienheureuse,

Lumineuse et calme montée ;

La spirale mélodieuse

Elargit l'étendue ailée.

 

Les cercles d'insigne clarté

Epanouissent la substance

D'un céleste lieu incréé,

Entre la vie et son essence.

 

Dans l'âme étendue en sa joie,

Présence, centre, extrémités,

Filtre très doucement la voie

D'une plus haute éternité.

Extrait de L'aventure spirituelle, de Gabriel Caressa, chez Les éditions littéraires

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semaine 45

Poésie verticale II

de Roberto Juarroz

 

Le centre n'est pas un point.

Sinon il serait facile de l'atteindre.

Il n'est pas même la réduction d'un point à son infini.

Le centre est une absence

de point, d'infini et même d'absence

et ne s'atteint que par l'absence.

Regarde-moi après t'en être allé,

bien que je reste là quand je m'en vais.

Le centre m'a appris maintenant à ne pas être en un lieu,

mais plus tard le centre sera ici.

Extrait de Poésie verticale II, de Roberto Juarroz, Ed. Le Cormier, 1965

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semaine 46

Un diamant pur

de Thomas Merton 

Après plusieurs années je me retrouvai un jour dans mon village natal... C'était comme si soudain je voyais la beauté secrète de tous ces murs, la profondeur de ces coeurs où ni le péché ni le désir ni l'autoconscience ne peuvent atteindre, le noyau de leur réalité, la personne que chacun est aux yeux de Dieu.

Si seulement ils pouvaient tous se voir eux-mêmes comme ils sont réellement. Si seulement nous pouvions nous voir les uns les autres constamment de cette façon. Il n'y aurait plus de guerre, ni de haine, ni de cruauté, ni de cupidité... Mais cela ne peut être vu, seulement cru et « saisi » par un don particulier. Encore cette expression qui me revient : le point vierge. Au centre de notre être il y a un point de néant qui n'est pas touché par le péché ni par l'illusion, un point de vérité pure, un point ou une étincelle qui appartient totalement à Dieu, qui n'est jamais à notre disposition, d'où Dieu dispose de nos vies, qui est inaccessible aux fantaisies de notre propre mental ou aux brutalités de notre volonté. Ce petit point de néant et de pauvreté absolue est la plus grande gloire de Dieu en nous. C'est en somme son nom écrit en nous, en tant que notre filiation. C'est comme un diamant pur, brillant de la lumière invisible. II est en chacun. (...) La porte du ciel est partout.


Extrait de Un torrent de silence, de Thomas Merton, issu du livre de Eric Eddelmann : Eclairs d'éternité chez Pocket.

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semaine 47

La notion de centre

de Didier Colin

[…] Car la notion de cercle implique toujours celle de centre ou point central qui est, lui aussi, circulaire.

Là encore, pour tenter de comprendre la portée symbolique du centre, essayons de raisonner comme nos ancêtres, tout en considérant un aspect de la physique incontournable, selon lequel l'axe et la roue vont de pair. En effet, comment purent-ils prendre conscience du mouvement circulaire, sinon en se fondant sur un point fixe autour duquel ils voyaient certains éléments extérieurs tourner ou autour duquel ils pouvaient tourner eux-mêmes ? C'est ainsi qu'ils comprirent sans doute peu à peu que le centre était le point de convergence vers lequel se dirigeaient ou autour duquel se rassemblaient tous les éléments. Le chef du clan ou de la tribu eut donc tôt fait de se placer au centre.

Par extension, le monde ne pouvait être placé qu'au centre de l'univers, puisque le Ciel était un cercle. Au fil des millénaires, poursuivant ses spéculations, l'homme vit sa place au centre de l'univers, point de convergence primordial et ultime de tous les éléments et de tous les phénomènes de la nature.

Plus encore que le cercle, le centre devint un symbole de perfection, d'absolu et d'unité, mais cette fois-ci d'unité retrouvée. « Ne t'étonne pas si nous disons que cela est en toi ; comprends que tu es un autre monde en petit, et qu'en toi il y a le Soleil, il y a la Lune et il y a les étoiles. Vois que tu as tout ce qu'a le monde », proclame Origène, le Père de l'Église grecque, au IIème siècle, dans ses Homélies (Levit, Hom., V, 2).

On peut penser que c'est en suivant ce cheminement intellectuel que l'homme fit une découverte qui allait révolutionner sa vie sociale et ses mœurs : la roue ! Mais s'agissait-il vraiment d'une découverte ? Non, c'était simplement une habile mise en application pratique et uti­litaire du symbole vivant du cercle : le centre était devenu axe ; dès lors, le cercle pouvait tourner : Ce n'était donc plus autour du centre que tout tournait, mais c'était l'axe du monde qui faisait tourner le Soleil, la Lune, les astres et les étoiles autour de la Terre. La roue céleste n'était donc pas une roue folle tournant dans le vide et n'importe comment, mais un axe : le monde.

Mais d'où venait la roue et qui la faisait tourner sur son axe ?
De la même façon qu'il fallait l'intelligence et la main de l'homme pour fabriquer la roue, n'était-il pas nécessaire qu'il y ait une poussée, un mouvement, une traction pour la faire tourner ? La roue céleste devait, elle aussi, être actionnée, mais ne pouvait l'être que par une intelligence suprême et une main divine.
Pour les bouddhistes, par exemple, le Bouddha est surnommé « Chakvati ou celui qui fait tourner la roue ». La roue du Soleil est donc conduite par la main d'un dieu tout-puissant. Sur le parcours qu'elle effectue autour du cercle du ciel, le jour et la nuit se succèdent. Sur celui qu’elle poursuit autour du carré de la Terre, la vie et la mort alternent. Tel est le grand principe de la Roue magique ou encore de la Roue divinatoire égyptienne ou de la Roue des renaissances ou Roue de la Loi (dharmachakra) des bouddhistes.

Vivre, mourir, renaître, sinon ici-bas du moins dans un autre monde, tel est le grand principe de cette Roue de Fortune, de cette roue du destin ou de la chance dont les rayons sont semblables à ceux du Soleil. Dictionnaire des symboles des mythes et des légendes

 Dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes de Didier Colin, chez Hachette.

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semaine 48

Trente rayons

de Lao-Tseu

Trente rayons convergent au moyeu
mais c'est le vide médian
qui fait marcher le char.

On façonne l'argile pour en faire des vases,
mais c'est du vide interne
que dépend leur usage.

Une maison est percée de portes et de fenêtres,
c'est encore le vide
qui permet l'habitat.

L'Être donne des possibilités,
c'est par le Non-Être qu'on les utilise.

Tao-tö KingExtrait du Tao-tö king de Lao-Tseu, chez folio

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semaine 49

Spirale

de Eugène Guillevic

 Je sais qu'amenuisant
Durant mon aventure
L'espace que j'enclave,

Je sais que tournoyant
Autour de quelque chose
Qui est moi-même et ne l'est pas,

Je finirai par être
Ce point auquel je tends :
Vrai moi-même, le centre,

Et qui n'est pas.

Extrait de Du Domaine Euclidiennes, de Guillevic, Ed. Poèsie Gallimard

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semaine 50

Le dehors et le dedans

de Jean Biès

Comme Arjuna le dit au dieu Krishna, le sage pourrait dire : « Ta gloire remplit l’espace !.. » Dont rapprocher l’invocation byzantine à l’Esprit Saint : « Toi qui es partout présent et qui remplit tout… » ; ou encore le verset coranique : « de quelque côté que vous vous tourniez, là est la face de Dieu ».

Cette omniprésence divine nous fait un devoir d’aimer, d’honorer tout point d’un espace qui, dès lors, cesse de nous emprisonner dans ses limites apparentes pour nous ouvrir à son infini. Honorer l’espace, ce pourrait être d’abord disposer à tel endroit de la maison un bouquet, une simple fleur concrétisant, cristallisant l’essence de cet endroit ; ou encore, y faire brûler du santal ou de l’encens ; ou n’y rien mettre qu’une pensée en forme de bénédiction.

Pour nous, nomadisant sans cesse dans l’instabilité et la distraction, qui ne sommes jamais totalement là où nous sommes, que faire pour vivre l’endroit plutôt que le subir ? Avant de se sentir bien partout, encore faut-il s’entraîner à se sentir bien en soi et avec soi. Tout lieu ne devient supportable, ne se trouve vraiment agréable, agréé, que lorsqu’on s’est fixé dans son propre lieu : au cœur du Cœur.

Parce que le Divin n’est pas seulement partout autour de nous, mais parce qu’il réside aussi, et surtout, et d’abord au Centre, on voit combien aisée apparaît en réalité la corrélation entre le dehors et le dedans.

 Extraits du numéro 70 de la revue Terre du Ciel, texte de Jean Biès, écrivain, auteur notamment de Paroles d’urgence, éd. Terre du Ciel.

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semaine 51

L'initié

de Gérard de Sorval

Si l'initié est citoyen de l'univers entier, c'est paradoxalement, qu'il s'est pleinement identifié à son lieu propre, et qu'il y a réalisé son habitation. Habiter un espace est signe de sa possession. Résider au centre de soi-même, à l'endroit unique déterminé par la Providence, c'est l'investir d'une présence spirituelle. Le centre de soi-même coïncide alors avec le centre de la présence ordonnatrice de l'univers. Et, pour celui qui a réalisé cette habitation dans sa racine et qui s'est replacé entre ciel et terre, le monde demeure en lui. La parole, la locution n'est possible qu'à partir d'un "locus" qui en est le support : centre d'émission et de résonance. Dans toutes les voies initiatiques, il s'agit de retrouver un lieu, le Pardes, qui correspond dans l'âme au lieu intérieur de l'Eden, à partir duquel est réalisé un état, celui de l'Adam primordial.

L'on notera au demeurant que les initiales grecques de ce nom sont celles des quatre points cardinaux, comme les lettres hébraïques du mot Pardes désignent les quatre sens de l'Écriture. Et cet état central, enraciné au-delà de l'"espace temporel", permet de retrouver et prononcer la Parole perdue, c'est-à-dire d'identifier réellement son verbe intérieur avec le Nom divin central qui régit l'Homme et l'Univers [...]

extrait de La Marelle ou les sept marches du paradis, de Gérard de Sorval, Ed. Dervy

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semaine 52

Le sabre et le pinceau

de Olivier Meyer

 

L'acte artistique, pictural ou martial, appartient à une sphère d'exposant élevé, ou doit tendre vers cela.

Lorsque, au début du XIVème siècle, l'Occident est passé d'une vision du monde dictée par le supraterrestre, à une vision du monde issue de son intériorité, l'homme est devenu un « point d'où l'on voit ». Sa relation au monde a changé. François d'Assise et Giotto marquent ce passage d'une conception platonicienne du monde à une conception aristotélicienne. Depuis, il appartient à chacun d'établir un contact vrai, une relation d'échange et d'amour avec le monde et ses phénomènes. C'est une tâche solitaire et difficile, puisque nous sommes devenus un centre de vision, et qu'il nous appartient de concrétiser la relation au monde par nos propres moyens. Pour cela, il faut un point d'appui, un centre. Postulons que ce centre existe. Il faut l'habiter. Sinon, nous ne pourrons déployer nos sens, rayonner vers l'extérieur, c'est-à-dire regarder et toucher le monde.

L'art et le Shintaïdô sont des pratiques physiques d'introspection qui permettent de rechercher et d'habiter notre centre, c'est-à-dire de nous incarner. Ce sont des approches scientifiques pra-

tiques (du grec praktikê, signifiant science pratique par opposition à la science spéculative) qui nous mettent en relation avec le monde, à la différence de l'approche rationaliste pure qui nous en coupe.

Pour mener à bien ces actes de recherche et de foi que sont le dessin, la peinture, le kata, il est nécessaire de trouver son centre. Cette nécessité d'un point d'appui, je l'éprouve devant un paysage ou un visage. Je ne pourrai cerner le sujet en copiant ses parties une à une. Ça ne marche pas. Je dois trouver le dénominateur commun à ces parties. Un centre virtuel situé « partout et nulle part » les anime. Trouver ce centre, c'est trouver leur sens. Comment mon regard parcourt-il mon sujet ? Comment l'air (ou le vide) circule-t-il ? Comment le sujet capte-t-il mon regard ? La façon dont je me positionne par rapport à lui permet d'éclairer ma compréhension : c'est le cadrage. Ce que j'élimine de ses appa­rences et ce que je mets en valeur, c'est la composition. Dans les deux cas, j'apporte quelque chose de moi-même.

Ma présence complexifie les choses, comme la présence du chercheur devant le phénomène observé. Pour surmonter cette complexité, je dois moi-même être simple. Je dois donc faire un travail de nettoyage intérieur. Ce nettoyage me permettra d'habi­ter mon centre, m'offrira un point d'appui. Je dois voir plus clair en moi, pour mieux voir, et pour dévoiler la réalité. Donnez-moi un point d'appui, et je soulèverai le voile du monde, pourrait-on dire en paraphrasant Cendrars et Archimède. Mais ce voile du monde n'est-il pas, en réalité, le voile de ma propre vision ?

Comment voit-on ?

La vision est active. En effet, nous ne voyons nettement qu'une infime portion de notre champ visuel. L'oeil, en perpétuel déplacement, recueille un grand nombre d'informations, qui sont emma­gasinées, triées et ordonnées par le cerveau, pour former une image. Cette image est donc une composition, elle résulte d'une action, d'un travail. C'est pourquoi deux personnes décrivent souvent un même événement très différemment. Chacun s'y est projeté, et voit la réalité à travers son propre écran – un écran mental.

Extrait L'Esprit du geste, Question de -chez Albin Michel
 

 

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