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MAITRE CHRETIEN

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Saint Augustin

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Textes de Saint Augustin 

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"Tard je t'ai aimée, ô Beauté. Tu étais au-dedans de moi, j'étais encore en-dehors de moi."

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SAINT AUGUSTIN

13.11. 354 Thagaste/Numidie  -  28.8.430 Hippo Regius/Numidie

gravure sur cuivre (XVIIè s.)

Un géant de l'esprit, tel apparaît sans conteste saint Augustin lorsqu'on considère, dans son oeuvre immense, ne serait-ce que ses réponses à cinq questions philosophiques comme : la vérité, Dieu, la création, l'âme et le bien.

Ses écrits rassemblent ce qui relie, sans solution de continuité, l'Antiquité au christianisme d'Occident. Sa pensée puissamment créatrice réunit des approches de multiples dimensions que, dans son ouvrage sur saint Augustin, Karl Jaspers résume ainsi : « Cet esprit sans cesse en action, universel pour son temps et animé d'une passion impétueuse, fait constamment la lumière en lui-même, et ce qu'il perce à jour, il en fait part avec une volonté de complète sincérité qui n'empêche qu'à la fin nous nous interrogions tout de même. Son être semble manifester des traits de noblesse et de banalité. Sa pensée se meut dans les spéculations les plus sublimes et dans des platitudes rationalistes, elle est portée par de hautes conceptions bibliques de Dieu sans pourtant se fermer à la superstition. Les grandes questions de fond sont, dans leur dialectique, en même temps des moments de sa vie personnelle... Sa pensée se déploie dans de puissantes contradictions. Elle se réfère sans cesse à la fois à l'actualité de son expérience du moment et à l'unique chose qui importe. » Cette oeuvre, en particulier dans les Confessions, se présente comme une quête passionnée de la vérité, jusque dans des profondeurs insondables.

Aurelius Augustinus est né le 13 novembre 354 à Thagaste, en Numidie, d'un père païen - Patricius - et d'une mère chrétienne: sainte Monique. Il étudia la rhétorique à Carthage et, à dix-neuf ans, il l'enseignait dans cette même ville. D'une concubine il eut un fils, Adéodat. Penchant d'abord vers le manichéisme, il s'en écarta après avoir rencontré en 383 Faustus, le grand docteur de la secte. Traversant une grave crise existentielle et intellectuelle, il commence d'étudier la philosophie néoplatonicienne et les épîtres de saint Paul. Sa rencontre avec Ambroise de Milan provoque sa conversion : en compagnie de son fils, il reçoit le baptême dans la nuit pascale du 24 au 25 avril 387. Ses Confessions comportent le récit de cette conversion. Il vécut les année suivantes dans une communauté spirituelle fondée par lui, et fut ordonné prêtre en 391 par l'évêque Valère d'Hippone, dont il fut élu le successeur en 396. Il prit part au concile de Carthage (398). Il combattit par de nombreux écrits les hérésies, s'en prenant en particulier aux donatistes et aux pélagianistes. Son oeuvre la plus marquante dans l'histoire intellectuelle, La Cité de Dieu, lui fut inspirée par l'entrée des troupes d'Alaric dans Rome (410) et l'occupa de 413 à 426. Il mourut lors du siège d'Hippone par les Vandales, en 430.

Saint Augustin a conquis la vérité contre et sur le scepticisme de son époque. Tandis que les sceptiques doutaient de la vérité par amour du doute, Augustin les conteste précisément sur ce point en écrivant: « Chacun peut douter de ce qu'il veut, mais on ne saurait douter de ce doute lui-même.» Donc la vérité existe. Le prototype de la vérité, Augustin le trouve dans les équations mathématiques. Des vérités comme « un et un font deux» fournissent le modèle des «règles» selon lesquelles l'esprit rationnel perçoit le sensible, le lit, le mesure, le calcule et le rectifie. Ces règles ressortent à l'a priori, car face à l'expérience l'homme se révèle libre et autonome : souverain. L'expérience est un matériau dont l'homme dispose en toute responsabilité. D'où la théorie de l'illumination : celle-ci procède d'un retour à la source intérieure de vérité, au sens d'une nature apriorique de l'esprit humain. A ce stade, il n'est donc nullement question de grâce !

Puisque la vérité réside à l'intérieur de l'homme, le pas suivant est pour Augustin de l'ordre de l'évidence : cette vérité, c'est Dieu. Il y parvient en suivant la démarche de Platon, de l'eros au Beau et de là à l'archétype du Beau : à savoir d'une vérité individuelle à la vérité unique par laquelle est vrai tout ce qui est vrai, parce que tout participe à la vérité. Cette démarche atteste en même temps que Dieu existe et qu'il est la totalité du vrai, qu'il est la bonté du bien, et l'être de tout étant. A partir de ces idées, Augustin aboutit finalement à sa théorie de l'exemplarisme : aucune catégorie ne saurait être appliquée à Dieu, parce qu'il est tout et rien de ce tout, parce qu’il dépasse tout. Mais le monde est son image et son symbole, parce que, lieu de toutes les images originelles, il est créé selon ses idées.

Du coup, pour Augustin, le concept de création devient un concept philosophique et non plus théologique, parce que la création repose sur un acte de la libre volonté de Dieu. Elle se situe en dehors du temps, car le temps n'est né qu'avec la création. Mais, dès lors, Augustin ne peut dire comment s'est produite la réalisation de la création. A travers des catégories et des représentations spatio-temporelles, c’est une question sans réponse. En revanche il se demande si le temps n'a pas une extension spirituelle, ou s'il n'est pas une extension de l'esprit lui-même. Il commence par distinguer le temps de l’éternité, posée comme foncièrement autre. L'être éternel se possède lui-même, tandis que l'être temporel est morcelé et ne fait d'abord que devenir. Augustin pose ainsi les fondements de toute la pensée médiévale de l'ordre du monde, car dans sa perspective la matière a été créée, et créée à proximité du néant, seules les idées originelles et éternelles sont vraiment et pleinement. C'est par elles que tout est ordonné selon la mesure, le nombre et le poids. Ces conceptions ont marqué durablement les représentations médiévales.

Dans ce qu’il dit de l’âme, Augustin souligne sa primauté sur le corps. La substantialité de l'âme réside pour lui dans le triple contenu de la conscience du moi : réalité, autonomie et durée. Le moi n'est pas la somme des actes, il les possède en tant qu'il est quelque chose de réel, d'autonome et de durable.

Le bien, pour Augustin, est donné avec la «loi éternelle», conformément à laquelle est bon non seulement l'homme, mais aussi l'étant. Par loi éternelle, Augustin entend la volonté de Dieu, qui commande de se conformer à l'ordre naturel. C'est pourquoi la loi éternelle est un ordre parfait où trouvent place, chacun dans son secteur, l'être de la nature comme monde physique (loi naturelle), l'être idéal des jugements logiques (loi de la raison) et l'être des prescriptions morales (loi de la volonté).

Sa philosophie des valeurs et de la félicité se retrouve dans une philosophie de l'histoire, sous le titre La Cité de Dieu. Le sens ultime d'une cité idéale, d'un État se pliant à l'ordre de Dieu et voyant en Dieu le but de toutes ses oeuvres, c'est la victoire du bien sur le mal. C'est ce qu'exige, selon Augustin, non seulement l'esprit du christianisme, mais aussi la philosophie.

 Extrait de Les grands philosophes par Clemens Jöckle

 

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L'augustinisme est une doctrine complexe qui accorde tout son rôle à la foi sans rien abandonner de la raison (croire et comprendre ce qu'on croit). II est une méditation sur Dieu, saisi dans un acte intérieur qu'on a rapproché du cogito cartésien. Contre le pessimisme manichéen, il affirme la bonté de la Création, œuvre de Dieu ; contre l'optimisme pélagien, il montre le péché de l’homme, plus attaché aux créatures qu'au Créateur et incapable de faire son salut par lui-même (l'orthodoxie catholique, ici, ne suit pas le système augustinien dans toute sa rigueur).

 

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Quelques précisions :

-  L'influence de saint Augustin domina la pensée occidentale jusqu'à l'avènement de la scolastique à la fin du XIIIè siècle. Ses premiers disciples furent son fils Adéodat, saint Alypius, Orose. Son influence rayonna surtout aux XVIè et XVIIè s. où la Réforme, le baïanisme et le molinisme (de Molina), le jansénisme (de Jansénius) rouvrirent les débats sur la grâce et la prédestination.

- Saint Augustin occupe une place importante dans l'histoire de la philosophie en général, notamment de la philosophie de la connaissance et de la théorie sémantique (De magistro). Sa théorie du signe est la plus élaborée depuis celle des stoïciens grecs. Enfin, Les Confessions, ouvre lucide et sincère, ont exercé une immense influence sur les esprits durant toute la période classique.

- La Règle de saint Augustin : règle de vie monastique issue de préceptes figurant dans une lettre d'Augustin et plusieurs fois remaniée au Moyen Âge. Elle inspira singulièrement saint Benoît; puis les canonistes de saint François et de saint Dominique puisèrent à la fois chez saint Augustin et saint Benoît. Les Instituts séculiers postérieurs n'inventèrent rien de mieux pour l’esprit de leurs règles.

 

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Textes de SAINT AUGUSTIN

J'entrai donc au plus secret de mon âme sous Ta conduite. Si je l'ai pu, c'est avec ton aide. J'entrai et, si faible qu'il fût, avec l’œil de mon intelligence je vis par-dessus cet oeil intérieur une lumière immuable. Non pas une lumière banale, évidente à tout regard charnel, non pas une autre lumière de même nature dont la clarté de ses vifs rayons recouvrait tout l’espace de sa grandeur. La lumière dont je parle était toute différente. Elle n'était pas au-dessus de ma raison, comme l'huile par-dessus l'eau ou comme le ciel par-dessus la terre. Elle était au-dessus de moi comme l'auteur de mon être et moi, sous elle, comme étant son ouvrage. Connaître la vérité c'est connaître cette lumière, et la connaître c'est connaître l'éternité. C'est l'amour qui est l’œil qui la voit.

Ô éternelle vérité, ô véritable charité, ô chère éternité ! Tu es mon Dieu. Vers toi je soupire, jour et nuit. Dès que je t'ai connue, tu m'as soulevé vers toi pour me faire voir qu'il me restait infiniment à voir, sans que j'eusse encore les yeux pour voir. Tu éblouis ma vue faible par le choc de ta clarté et je       frémis d'amour et d'épouvante, car je me trouvais loin de toi en des régions souterraines et étrangères. J'entendais à peine ta voix me dire du haut des cieux : « Je suis la nourriture des forts ; grandis, et tu me mangeras. Mais tu ne me changeras pas en toi comme la nourriture de ta chair. C'est toi qui seras changé en moi. »

 Extraits des Confession, XVII, 10, 16, traduction originale de Michel Meslin. (Augustin commence à rédiger les Confessions à l'âge de quarante-trois ans.)

 

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Les deux cités

Deux amours ont bâti deux cités : l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu a fait la cité terrestre ; l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi a fait la cité céleste.

L'une se glorifie en elle-même, l'autre dans le Seigneur... Chez les princes et les nations que l'une s'est soumis, la passion du pouvoir l'emporte ; dans l'autre, tous se font les serviteurs du prochain dans la charité...

                                                                        Saint Augustin, La Cité de Dieu, XIV,28

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Je cherche le bonheur

Comment se fait-il donc que je cherche le bonheur ?... Est-ce mû par le souvenir, comme si je l'avais oublié, tout en sachant encore que je l'ai oublié ? Est-ce le désir de connaître un état inconnu, dont je n'aurais jamais eu le sentiment ou que j'aurais oublié tout à fait au point de n'avoir pas conscience de mon oubli ? Le bonheur, n'est-ce pas ce à quoi tous aspirent et que personne ne dédaigne ? Où donc l'ont-ils connu pour le vouloir ainsi ? Où l'ont-ils vu pour l'aimer ? Certainement il est en nous : comment ? Je ne sais. Il y a une façon d'être heureux qui consiste dans la possession effective du bonheur. Certains ne sont heureux qu'en espérance. C'est une façon de l'être inférieure à celle des hommes qui le sont effectivement, mais qui vaut mieux que la condition de ceux qui ne sont heureux ni en fait, ni en espérance. Cependant ceux-là, s'ils étaient tout à fait étrangers au bonheur, ne le voudraient pas ainsi, et il le veulent, c'est bien certain. Je ne sais comment ils le connaissent, ni quelle connaissance ils en ont. Ce qui me tourmente, c'est de savoir si cette connaissance est dans la mémoire... Car nous ne l'aimerions pas, si nous ne le connaissions pas. Que nous en entendions prononcer le nom et tous nous convenons que c'est la chose même que nous désirons ; ce n'est pas seulement le son du mot qui nous plaît...

Ce souvenir est-il comparable au souvenir qu'on garde de Carthage lorsqu'on l'a vue ? Non : le bonheur ne se perçoit pas avec les yeux, car ce n'est pas un corps.

Est-il comparable au souvenir des nombres ? Non, car celui qui connaît les nombres ne cherche plus à les acquérir, alors qu'au contraire c'est l'idée que nous avons du bonheur qui nous incline à l'aimer et à vouloir encore y atteindre pour être heureux...

Ce souvenir est-il comparable au souvenir de la joie ? Peut-être, car, même dans la tristesse, j'évoque ma joie, comme dans le malheur je me souviens du bonheur. Or cette joie, je ne l'ai jamais vue, ni entendue, ni flairée, ni goûtée, ni touchée, mais je l'ai éprouvée dans mon âme...

Voyez comme j'ai exploré le champ de ma mémoire à votre recherche, ô mon Dieu, et je ne vous ai pas trouvé en dehors d'elle...

Mais où demeurez-vous dans ma mémoire, Seigneur ? Où y demeurez-vous ? Quel logis vous y êtes-vous édifié ? Quel sanctuaire vous y êtes-vous bâti ? Vous avez fait à ma mémoire l'honneur de résider en elle ; mais dans quelle partie y résidez-vous ? C'est ce qui me préoccupe. Quand je vous ai cherché par le souvenir, j'ai dépassé cette partie de ma mémoire que possèdent aussi les animaux : je ne vous trouvais point parmi les images des objets matériels. J'en suis venu à cette partie à laquelle j'ai confié les états affectifs de mon âme, et je ne vous y ai pas trouvé non plus. J'ai franchi le seuil de la demeure que mon esprit lui-même a dans ma mémoire (car l'es-prit se souviens aussi de soi), mais vous n'étiez pas davantage là. C'est que vous n'êtes ni l'image d'un objet matériel, ni une affection d'être vivant, comme la joie, la tristesse, le désir, la crainte, le souvenir, l'oubli et tout ce qui est de même sorte, vous n'êtes pas non plus l'esprit lui-même, puisque vous êtes le Seigneur et le Dieu de l'esprit...

Mais où donc vous ai-je trouvé, pour vous connaître ? Vous n'étiez pas encore dans ma mémoire, avant que je vous connaisse. Où donc vous ai-je trouvé, pour vous connaître, sinon en vous, au-dessus de moi ? Là où il n'y a absolument pas d'espace...

Tard je vous ai aimée, Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je vous ai aimée. C'est que vous étiez au-dedans de moi, et, moi, j'étais en dehors de moi ! Et c'est là que je vous cherchais...

 

Saint-Augustin, Les confessions, livre dixième, extraits des chapitres XX à XXVII, traduction Joseph Trabucco, Garnier-Flammarion, 1964.

 

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